Sa force… sa faiblesse

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Un paradoxe se lit dans ce poème… Le paradoxe d’une vie qui mêle force et faiblesse, celui d’une histoire qui enchante par sa ferveur à vouloir atteindre des sommets mais confond par son talon d’Achille.

Sa force a été de supporter
Dès ses tout premiers cris
Les propos dénigrants
Les actes humiliants
Les gestes rabaissants
Les coutumes écrasantes
Sa faiblesse a été de garder le silence
De tout renfermer, surtout ne rien laisser échapper
Ne rien dénoncer,
Qui était-elle pour questionner l’ordre du monde que les cultures maintenaient d’un œil vigilant?

Sa force a été de braver les souffrances la tête haute,
Les douleurs de ses entrailles à chaque lune
Toutes les fois qu’elle frôlait la mort pour donner la vie,
Sa faiblesse a été d’accepter de nommer honte sa nature et de la porter.

Sa force a été d’être témoin des larmes et sueurs
Tourments et supplices de sa mère,
L’absence et les exigences
Les insultes, tortures et dictatures du patriarcat,
Et malgré tout grandir et mûrir
Respecter et révérer
Sa faiblesse a été de croire aux leurres du premier garçon venu.

Sa force a été son labeur et sa ténacité,
Ne jamais manquer aux tâches ménagères malgré le poids du bébé au dos,
Les cris de l’enfant qui, lui, traîne derrière et les coups du fœtus
Et le soir, la mort dans l’âme, se retourner à l’appel du mari sur le lit conjugal
Sa faiblesse a été de laisser sa fille vivre le même calvaire

Sa force a été d’oser
De braver vents et marées
Monts et vallées
Elle a pris les morceaux qu’on lui jetait
Et s’est cousu des ailes,
Elle a pris son élan et s’est envolée loin
Elle a esquivé de justesse les flèches
Enflammées de découragements,
Elle a fermé ses yeux et ses oreilles mais jamais son cœur
Elle est sortie de l’ombre
Elle a rêvé et a accompli des prouesses… de l’inédit!
Personne ne l’aurait cru
Sa faiblesse a été de tout annuler, tout arrêter pour un petit anneau et des promesses en l’air.

Sa force a été d’être le pilier de son foyer, le moteur de la société
Satisfaire les siens, les rendre prospères
Sa faiblesse a été de renoncer à son bonheur
Et le refuser à ses sœurs.

Sa force a été
De pardonner encore et encore,
Sa faiblesse a été
D’y retourner encore et encore.



Kaze

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