Monde en feuilles

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Il m’a fallu des mois pour puiser l’inspiration et guérir du syndrome de la page blanche. Un voyage au bord du Douro. Une visite dans une bibliothèque. Et une lecture, ou devrais-je dire, des lectures. La lecture depuis deux mois d’une nouvelle que je répète sans cesse, sans fin. “La bibliothèque de Babel” de Jorge Luis Borges. Voici un texte qui n’ose pas prétendre à l’originalité, mais qui a l’audace de clamer un hommage sincère.

Dans le labyrinthe ténébreux de l’âme, le chagrin s’étend comme un champ de livres sans début ni fin. Chaque recoin abrite des volumes de tourments, des livres aux pages colorées et des parchemins de larmes et d’obscurité. Les mots, les lettres, cet ensemble de signes orthographiques mélancoliques, dansent en une chorégraphie funeste, créant une symphonie discordante de douleur.

Les étagères s’étendent à perte de vue et se renouvellent dans des courbes hélicoïdales. Des couleurs kaléidoscopiques s’embourbent et se noient dans cet océan de tristesse enchevêtrée. Les lecteurs, ces imparfaits touristes errent, cherchant désespérément le livre de leur propre chagrin, espérant y trouver une clé pour déverrouiller le sens caché de leur peine. Mais chaque volume est une énigme, chaque page une étoile fugace qui s’éteint avant d’être saisie.

Le chagrin est un labyrinthe, un circuit de sentier dans une bibliothèque embouteillée où chaque livre est à la fois une promesse et une tromperie. Les mots se tordent, se plient, se brisent comme des reflets déformés dans un kaléidoscope d’émotions tourbillonnantes. Les lettres deviennent des ombres, des fantômes de ce qui aurait pu être, de ce qui aurait dû être.

Et pourtant, dans cette bibliothèque de chagrin, il y a une étrange beauté. Chaque larme versée, chaque soupir profond, chaque mot murmuré dans le silence de la nuit, sont des étoiles qui illuminent la nuit de l’âme : le repos du voyageur solitaire. Le chagrin est une part inextricable de l’expérience humaine, une énigme qui défie la raison et qui nous pousse à chercher le sens dans un univers indifférent.

Ainsi, nous rôdons dans les allées sombres de notre propre chagrin, cherchant la lumière qui se cache derrière les mots, la vérité qui se dissimule dans les ombres des tristes touristes de la bibliothèque. Et peut-être, un jour, dans le silence de notre propre bibliothèque de chagrin, nous trouverons la clé pour déchiffrer son langage mystérieux et découvrirons la paix au-delà des pages cachées de notre douleur.

Kibu

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