Mon coeur saigne

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Contre ce tabou couvert depuis la nuit des temps et ce silence qui rafle bien des vies s’élève une voix pour parler et révéler tout ce qu’il y a de plus naturel….

Mon cœur saigne
Pour cette jeune adolescente
À peine pubère
À peine sortie de l’enfance,
Toute innocente
Qui découvre que ses entrailles crachent du sang
Et qui se tord le corps dans tous les sens
Cherchant partout d’où vient cette plaie.
Mon cœur saigne
Pour cette jeune adolescente
Qui, les entrailles en proie
Aux flammes impitoyables de la puberté
Et la jupe entachée par le crime…
Le crime d’être née fille,
Croit trouver le réconfort
Dans le giron de son professeur
Pour finalement se faire traiter
De sale fille!

Mon cœur saigne
Pour cette jeune fille
Qui doit subir chaque mois
Crampes sur crampes
Vomissements sur vomissements
Perfusions sur perfusions;
Cette fille
Qui n’osera jamais avouer à son père
Les raisons de ses cris étouffés dans sa chambre
Les raisons de ces repas sautés
Chaque mois;
Qui n’osera jamais avouer à son frère
Les raisons de ces taches rouges
Si récurrentes sur ses draps
Chaque mois;
Qui n’osera jamais avouer à son petit ami
Les raisons de son regard maussade
Les raisons de ses brusques sautes d’humeur
Les raisons de ses inhabituelles réponses teintées d’aigreur
Chaque mois;
Qui n’osera jamais avouer à ses camarades de classe
Les raisons de ses absences répétées
Les raisons de ce pull enroulé autour de sa taille si souvent
Les raisons de ces pilules minutieusement rangées dans sa trousse
Chaque mois.

Mon cœur saigne
Pour cette jeune fille
Qui se retrouve coincée, l’utérus en mode feu rouge
Sans protection hygiénique
Sans présence féminine
Sans aucune ressource;
Oui, il saigne pour celle
Dont la mère est absente
Et qui n’osera jamais demander à son père
De lui acheter un kotex;
Comment oser lui apprendre qu’elle est en train de “saigner”
Et que ce n’est pas prêt d’arrêter pour les 400 prochains mois ?
Comment oser lui parler de ses règles ?
Et d’ailleurs, sait-il même qu’elles existent ?

Mon cœur saigne
Pour celles qui souffrent;
Oui des crampes on en a toutes… enfin presque,
Mais il y en a d’autres qui font face à des maux plus nuisibles
Aux unes, dysménorrhée
Aux autres, endométriose;
Et dans tout cela,
Vivre le cauchemar d’une maternité désirée, méritée,
Tant attendue mais non vécue,
Le calvaire d’un mariage qui souvent coule,
Car oui Madame n’enfante point,
Alors voilà Madame vivra sans moi!

Mon cœur saigne
Pour toutes ces femmes
Qui subissent le tabou des menstruations
Qui vivent en combattantes haletantes mais silencieuses
Qui ne doivent en aucun cas tacher leurs jupes, ni leurs draps d’ailleurs.
Mon cœur aura beau saigner
Mais qu’elles sachent
Que mes entrailles saignent aussi avec les leurs!

Dushime

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