Les monstres indomptables

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Un texte contre ces substances qui tordent l’âme et meurtrissent le corps… une voix pour ces mains qui se tendent pour être sauvées…

Je vous raconte une histoire qui n’est pas mienne.
Celle d’une femme à qui on a dérobé
L’innocence de l’enfance et de sa jeunesse
Avant qu’elle ne les vive.
L’insouciance infantile
Et l’ignorance de l’adolescence
Se sont mêlées dans les affaires du cœur
Qui adopte ses raisons parfois capricieuses
Sans nous consulter.
Elles l’ont présentée à un amant-ennemi
Qui a touché son corps et son cœur
A jamais.

Caméra braquée sur elle,
Elle était habituée aux regards;
Regards qui dévisagent, pensées qui jugent
Les dos qui se tournent et les calomnies qui se propagent.
Le micro s’approcha et avec retenue elle parla.
Elle ne put tout dévoiler;
Ces dix années renferment bien plus d’obscurité
Que nos oreilles ne peuvent supporter.
Avec le faible souffle que sa dépendance lui permit
Elle laissa échapper son “au secours”,
Un SOS chancelant, presque inaudible;
Elle avait pour seule arme la vulnérabilité;
Elle répondit à toutes les questions
Avec une grâce et une sincérité
Que les griffes du mal n’avaient pas encore déchiquetées.
Son corps frêle lança aussi un appel,
Une mise en garde
Avec la gentillesse que les portes de l’enfer
Avaient épargnée bon gré mal gré;
Elle nous présenta sa vie en lambeaux
Espérant que le peu d’humanité
Que l’hypocrisie de notre société
N’avait pas encore étouffée
Voudrait bien la recoudre.

Je vous raconte une histoire qui n’est pas mienne
Celle des larmes d’une mère.
Avec inquiétude, elle vit sa fille changer
Sans crier gare
Ses sorties fréquentes aspiraient
Une bouffée de sa vie à chaque rencontre.
Mais chaque soir, elle y retournait.
Je vous raconte le désarroi de cette mère
A chaque fois qu’elle remarquait qu’un autre objet avait disparu,
Qu’une somme s’était envolée, une fois de plus.
Ces monstres ont un venin
Qui transperce l’âme et vous transforme en voleur.

Je vous raconte une histoire qui n’est pas mienne.
Une histoire d’infidélité
Celle d’une épouse trahie;
Sa maison est presque vide
Son placard braqué à chaque fois
Que l’envie attaque son mari.
Il se transforme en bête
Sniffe dans les moindres recoins des rues
A la recherche des clients prêts à acheter;
Ses articles à moitié prix.
Il s’en fout;
Sa prurit vendrait des lingots d’or
Pour quelques grammes de poudre.
Celle-ci est l’histoire
De la femme lassée d’avoir pour co-épouse
La soif du « lost » de son époux.

Je vous raconte l’histoire de la nescience.
Celle des secrets que notre société veut indicible
Mais dont les membres pratiquent vivement.
L’histoire des âmes non avisées
Qui tombent chaque jour dans les abîmes de la dépendance
L’histoire des personnes harassées qui n’osent pas
Demander de l’aide parce que nous les stigmatisons,
Nous leur avons collé des étiquettes qui lisent
Intouchables et outrage
Alors que nous n’avons rien fait pour prévenir
Le virus qui les ronge.
L’histoire de l’opprobre d’une mère,
L’humiliation d’un père,
L’abrogation des prouesses d’un couple,
L’anéantissement d’une famille,
L’extirpation d’une société;
L’histoire du désespoir,
Celle de ceux qui sont pris au piège
Dès leur premier essai
Celle de ces humains qui se haïssent
Pour tout le mal qu’ils causent
Mais qu’ils n’arrivent pas à arrêter
J’ai lu dans leurs yeux de la résignation
L’histoire de l’impéritie des chaises et titres prestigieux
Celle des mains qui refusent de se tendre
Parce qu’elles sont occupées ailleurs,
A protéger le butin
Que les tréfonds de leur cupidité amassent.
Ils n’ont que deux mains et elles sont surchargées,
Ils n’ont qu’une âme et elle est corrompue.
L’histoire de manque de fonds et d’institutions
De médicaments et de désintoxication,
Celle de l’absence de défense
Dans cette guerre atroce
Face à ces hydres impitoyables.

Je vous raconte l’espoir
Celle des héros qui les ont vaincues
Et qui à leur tour renvoient la corde
Celle des voix qui crient “attention”
Des bras qui sauvent,
Des oreilles qui écoutent,
Celle des personnes qui plaident pour une noble cause,
Ces témoignages qui démontrent
“C’est encore possible”.
Celle de leur succès
Qui créent des victoires ici et là
Celle de ceux qui préviennent
Et veulent guérir
Celle de ceux qui s’engagent à la retenue
Jusqu’à ce que la captivité se dissipe.
J’ai finalement vu des lanternes
Dans ces bas-fonds;
J’ai vu une échelle
Dans ces précipices bondés;
Puisque personne n’est épargné
Finalement, cette histoire est nôtre.

Kaze

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