Les « mères » d’ici, ces frondeuses d’outre-mer

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Savoir que les valeurs de nos aînés ne s’appliquent pas forcément à nos vies et leur faire comprendre que s’immiscer dans nos vies, risque de mettre notre esprit rebelle en ébullition plutôt que nos âmes dans la bonne direction.

Mon esprit flaire un autre Arusha. Mais cette fois, ce n’est pas la taille du nez qui nous y conduira, mais plutôt celle de notre bouche. Aujourd’hui, c’est la jeunesse d’outre-mer qui tire à boulets rouges. Devrions-nous engager un médiateur ou une médiatrice ?

Sur le banc des accusés, des mamans qui, au nom de la culture, de l’éducation, de la tradition, au nom du père et de la mère, au nom de tous les pouvoirs sacrés leur conférés par le devoir civique, se substituent aux parents sans que personne ne les ait mandatées pour la tâche.

La jeunesse en écume de rage

Elles sont d’une telle prestance, elles paradent un pas après l’autre dans votre espace privé, s’autorisent une leçon de vie, sans une idée d’à quoi rime une journée de la vôtre : « votre tenue est trop légère pour une burundaise, vous vous permettez de goûter à tous les calices et de rentrer à l’aube maintenant que vous n’avez plus à ruser avec vos parents ». Elles se permettent un commentaire sur tout, se conduisent en préfètes de discipline… les mères d’ici !

M’asseoir à côté d’une maman burundaise dans un bus ou un métro ? Je préfère boycotter le transport public ou rester chez moi à me shooter aux railleries de ma voisine qui braille chaque fois qu’une blague égaye ma pièce. Elle au moins ne m’affuble pas de leçons sur mon look ou sur le caractère « diabolique » de mes tatouages.

On s’approche de leur siège pour établir une connexion, on en récolte une correction. En l’espace d’un arrêt bus, une conversation amicale vrille en interrogatoire. Aucune gêne à te demander si tes parents savent où tu es, ce que tu fais et ce que tu portes. Peu leur importe que tu sois majeur(e) et vacciné(e), elles ne voient que le bébé en couches, l’adolescent au raisonnement irréfléchi. Malheur à vous si elles connaissent votre famille. Pour ne fût-ce qu’une culotte relax, elles dépêchent un rapport à la maison. Elles en enverraient une copie à l’ONU si elles le pouvaient.

Vous avez beau porter une tonne de responsabilités sur vos épaules, bosser jusqu’au chant du premier rossignol pour couvrir votre hydre de factures, tuer votre sommeil à coup de réveils pour compléter vos devoirs, elles ne résumeront votre cv qu’au jour où vous vous êtes offert une pause. Elles souligneront votre tenue de la soirée, combien de verres vous vous êtes envoyés, à quelle heure vous êtes rentré, surtout dans quel état, et avec qui vous vous êtes éclaté.

Loin de moi l’idée de dire que je n’ai que faire d’un conseil d’une aînée mais quand certaines remarques revêtent une fâcheuse tendance à infantiliser ou à préjuger, je préfère me dispenser de ce coin du feu. Assez les questions enveloppées d’un voile rapetissant! Si ma famille m’a béni(e) de sa confiance pour voguer vers des contrées lointaines, qui es-tu pour venir me coller sous ton radar ? Je peins ma vie de la couleur de mon choix, n’en déplaisent les goûts de ceux à qui je ne dois pas des comptes.

Et si au fond elles voulaient ou croyaient bien faire ?

Des incomprises, clament-elles. Des gardiennes des mœurs qui s’étiolent pendant que les hommes balaient tout du regard et que les parents restés au pays ferment l’œil tant que la fille ou le fils se souvient d’eux à la fin du mois. Un clin d’œil n’a rien d’un crime. Il peut cependant être mal perçu. C’est notre cas.

La glamourisation du ciel occidental qui constelle libertés et opportunités jusqu’à toucher le sommet de nos envies risque de dérober notre jeunesse d’un bel avenir. Loin du cocon familial, ils se permettent de tout tester tels des affranchis. Une fois qu’ils sentent leur compte aussi bombé que leur cage thoracique, ils veulent rouler sans ceinture, sauter tous les bouchons jusqu’à finir allongés sur le tapis, se mettent à se faire culbuter à l’arrière d’une voiture ou à sniffer tout ce qui leur tombe sous le nez, dans certains pays ça n’a d’ailleurs rien d’illégal. Hélas, lorsque votre être s’entiche de cette ambiance, un aller sans retour est plus que inévitable. On ne sera pas de celles qui auront laissé brûler.

Et si ces gentilles dames n’avaient nulle autre intention que celle d’éviter à la génération de demain de se retrouver dans de sales draps, au propre comme au figuré ? Et si elles en faisaient peut-être aussi un peu trop ?

Sommes-nous obligés d’aller jusqu’à Arusha pour trancher ?

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