Le Burundais, cette espèce minimaliste

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Habitué à flirter avec l’à peu près, le Burundais en général est un être résigné. Il avance arc-bouté dans la vie, ne se contentant que des miettes que lui distribue l’univers. Rêver grand, c’est reporté sine die.

Le vrai Burundais, original et non photocopié, est un être résigné. Il croit que toutes les bonnes choses sont pour les autres et lui les restes, les résidus. Chez nous, less is more

D’ailleurs, de tous les virus qu’a connus notre pays, les Covid-19, les pestes aviaires et autres mauvaises farces chopées au cours de l’histoire, le virus de l’à peu près avec ces symptômes cliniques – se contenter du juste minimum, faire les choses à moitié, « kurya bike, turyame kare, littéralement afficher peu d’ambition pour dormir tranquille » – est celui qui continue à faire des ravages.

Que vive le juste minimum. Les bonnes routes, les bons hôpitaux, les bonnes écoles, ou encore la bonne connexion internet, tout ça, c’est pour les autres, au mieux cela peut attendre. Pour nous, il y a les faux-semblants. Les faux-semblants de routes, les faux-semblants d’écoles, les faux-semblants d’hôpitaux, les faux-semblants de bus, l’omniprésence du « second-hand », les faire-valoir, les « en lieu et place de » et les « faisant office de ».

Dernièrement, j’ai appris qu’il y a même un mot pour désigner ceux qui finissent par s’acclimater à leur triste sort ou disons « les termes » à tout ce qui est médiocre : RÉ-SI-LIENCE. Concept venu tout droit d’Europe, mais qui pourtant semble fait pour nous. Nous qui sommes habitués à jongler entre les maux qui pavent notre quotidien, habitués à tout ce qui est bricolé, rapiécé, rafistolé. Nous, équilibristes devant l’Eternel, peuple artiste !

À coup sûr vous avez connaissance de cette rengaine infaillible que tout Burundais garde dans son « prêt-à-porter verbal » afin de clouer le bec à tout quidam qui, à rebours de la réalité essaierait d’exiger un minimum de sérieux, de qualité dans la prestation des services : « Umve turi mu Burundi – Ici c’est au Burundi ». Rétropédalage implacable. Pas arrivé à l’heure ? Turi mu Burundi. Pas d’électricité ? Turi mu Burundi? Pas d’eau, pas de connexion internet… Turi mu Burundi. Sacré pays, peuple singulier ! 

Nous nous situons chaque fois au-dessus de la mêlée, hors de tout conformisme. Aviez-vous dit développement ? Cher ami, ça peut attendre. D’ailleurs tout le monde y court, peut-être courent-ils à leur perte. Quant à nous, allons voir à l’autre bout, dans l’autre sens des « aiguilles du développement » qui risqueraient de nous percer et nous faire du mal, aïe! Les autres érigent des gratte-ciels, mais où vont-ils ? Venez, nous allons creuser un peu plus bas, si ça se trouve, nous toucherons le fond.

Forgés par les épreuves, notre seule motivation est désormais celle de limiter la casse. Nos souvenirs sont si malheureux que nous ne croyons plus à la magie de nos mains à façonner des lendemains radieux. Nous sommes convaincus que notre destin est scellé, rien à faire, rien à voir, circulons. Notre antienne : « gémir, pleurer, prier » est également lâche.  Émergence sur la scène internationale ? C’est quoi même ? Abandonnons !

Pour autant ?

Bisambi

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